Version texte de ce daf : original et traduction
Pessa'him 102a (קב.) — le Talmud en français
Pessa'him 102a (פסחים קב.): Et l’on répond : Rav Naḥman bar Yitsḥak dit : quel tan̄naï pour cette baraïta des « déplacements » ? Rabbi Yehouda ! Mais les Sages sont en désaccord avec lui et estiment…
Texte original — Pessa'him 102a (קב.)
ומתרצינן:
אמר רב נחמן בר יצחק
:
מאן תנא
להך ברייתא ד
"עקירות"?
רבי יהודה!
אבל רבנן פליגי עליו, וסברי שבדברים הטעונים ברכה לאחריהן במקומן אין צריך לברך אפילו כשלא הניחו שם זקן או חולה, וכרב חסדא.
דתניא
שנחלקו בזה רבי יהודה וחכמים:
חברים
[תלמידי חכמים, רשב"ם]
שהיו מסובין, ועקרו רגליהם לילך לבית הכנסת או לבית המדרש
-
כשהן יוצאין אין טעונין ברכה למפרע, וכשהן חוזרין אין טעונין ברכה לכתחילה.
אמר רבי יהודה: במה דברים אמורים בזמן שהניחו שם מקצת חברים
שנשארו במקומן ולא הלכו לבית הכנסת.
אבל לא הניחו שם מקצת חברים
הרי
כשהן יוצאין טעונין ברכה למפרע, וכשהן חוזרין טעונין ברכה לכתחילה.
ואילו חכמים לא חילקו בדבר, וסברי שאפילו כשלא הניחו מקצת חברים אין צריכין לברך לא למפרע ולא לכתחילה [לפי הכלל שבידינו שכל מקום שאמר רבי יהודה "במה דברים אמורים" בא לחלוק על דברי חכמים שלפניו], הואיל ואכלו דברים הטעונין ברכה לאחריהן במקומן [כדמשמע מלשון "ועקרו רגליהם", וכדדייקינן לעיל].
והוינן בה:
אלא טעמא דבדברים הטעונין
ברכה לאחריהן במקומן
עסקינן, ולכן סברי רבנן
דכשהן יוצאין אין טעונין ברכה למפרע וכשהן חוזרין אין טעונין ברכה לכתחילה.
אבל דברים שאין טעונין ברכה לאחריהן במקומן, אפילו לרבנן
הרי
כשהן יוצאין טעונין ברכה למפרע, וכשהן חוזרין טעונין ברכה לכתחילה.
לימא תיהוי תיובתא דרבי יוחנן,
דאמר לעיל ששינוי מקום אין צריך לברך, ולא חילק בדבר. ומשמע שגם בדברים שאין טעונין ברכה במקומן הוא סובר שאין צריך לברך?
ותמהה הגמרא:
ולאו מי אותביניה חדא זימנא,
שהרי כבר הקשינו לעיל על רבי יוחנן מברייתא אחרת, ומאי נפקא מינה אם יקשה עליו גם מברייתא זו? ומסבירה הגמרא: יש נפקא מינה, באם יבא אדם ויתרץ אותה ברייתא דלעיל, או יגיה אותה ולא יקשה ממנה לרבי יוחנן. האם
נימא
ד
מהא
ברייתא
נמי תיהוי תיובתא
לרבי יוחנן.
ומתרצינן: מברייתא זו באמת אין להקשות על רבי יוחנן.
כי
אמר לך רבי יוחנן
: לעולם סברי רבנן ש
הוא הדין דאפילו דברים שאין טעונין ברכה לאחריהן במקומן, נמי אין צריכין לבר ך.
והא דקתני
בברייתא
"עקרו רגליהן",
דמשמע דוקא בדברים שטעונין ברכה לאחריהן במקומן - כדי
להודיעך כחו דרבי יהודה,
דאפילו דברים שטעונין ברכה לאחריהן במקומן
נמי אמרינן:
טעמא דהניחו
מקצת חברים, אבל לא הניחו מקצת חברים
הרי
כשהן יוצאין
-
טעונין ברכה למפרע, וכשהן חוזרין
-
טעונין ברכה לכתחילה.
תניא כוותיה דרב חסדא: חברים שהיו מסובין לשתות יין, ועקרו רגליהן, וחזרו
-
אין צריכין לברך!
משום שיין הוא מהדברים שטעונין ברכה לאחריהן במקומן. והיינו כרב חסדא.
תנו רבנן: בני חבורה שהיו מסובין
בערב שבת
וקדש עליהן היום
חייבים להפסיק את סעודת יום החול.
ו
מביאין לו כוס של יין, ואומר עליו קדושת היום,
שעושה קידוש עתה, לאחר שפסקו מלאכול את הסעודה של יום החול.
ומיד מביאין לו כוס
שני
ו
אומר עליו ברכת המזון,
היות וחייב להפסיק את סעודת החול - כשיטת רבי יהודה לעיל [ק א] שמפסיקין לשבתות [ומכל מקום, כיון שהגיע שעת קידוש צריך לקדש תחילה],
דברי רבי יהודה.
רבי יוסי אומר: אוכל והולך עד שתחשך
[ואף לאחר מכן, עד שיגמור סעודתו. ר"ן]. ורבי יוסי לשיטתו שם דאין מפסיקין כלל לשבתות.
Traduction française
Et l’on répond :
Rav Naḥman bar Yitsḥak dit :
quel tan̄naï
pour cette baraïta des
« déplacements » ?
Rabbi Yehouda !
Mais les Sages sont en désaccord avec lui et estiment que, pour les choses qui requièrent une bénédiction après elles à leur endroit, il n’est pas nécessaire de bénir, même lorsqu’ils n’y ont laissé ni vieillard ni malade, conformément à l’opinion de Rav Ḥisda.
Car il a été enseigné
que Rabbi Yehouda et les Sages sont en désaccord sur ce point :
des compagnons [מ תלמידי חכמים, רשב"ם תלמידi érudits, selon le Rachbam]
qui étaient attablés et se levèrent pour aller à la synagogue ou au beit-midrach —
lorsqu’ils sortent, ils ne requièrent pas de bénédiction a posteriori, et lorsqu’ils reviennent, ils ne requièrent pas de bénédiction a priori.
Rabbi Yehouda dit : dans quel cas ces paroles s’appliquent-elles ? Lorsque certains compagnons sont restés là
qui sont demeurés à leur place et ne sont pas allés à la synagogue.
Mais s’ils n’y ont pas laissé certains compagnons,
alors
lorsqu’ils sortent, ils requièrent une bénédiction a posteriori, et lorsqu’ils reviennent, ils requièrent une bénédiction a priori.
Quant aux Sages, ils ne distinguent pas en cette matière et estiment que, même lorsqu’ils n’ont pas laissé certains compagnons, ils n’ont besoin de bénir ni a posteriori ni a priori [selon la règle que nous avons entre les mains : partout où Rabbi Yehouda dit « dans quel cas ces paroles s’appliquent-elles ? », il vient contester les paroles des Sages qui l’ont précédé], puisqu’ils ont mangé des choses qui requièrent une bénédiction après elles à leur endroit [comme cela ressort de l’expression « et ils se levèrent », ainsi que nous l’avons déduit plus haut].
Nous nous interrogeons à ce sujet :
Mais la raison est-elle que nous traitons de choses qui requièrent
une bénédiction après elles à leur endroit,
et que, pour cette raison, les Sages estiment
que, lorsqu’ils sortent, ils ne requièrent pas de bénédiction a posteriori, et que, lorsqu’ils reviennent, ils ne requièrent pas de bénédiction a priori ?
Mais les choses qui ne requièrent pas de bénédiction après elles à leur endroit,
alors
lorsqu’ils sortent, ils requièrent une bénédiction a posteriori, et lorsqu’ils reviennent, ils requièrent une bénédiction a priori.
Dirons-nous que cela constitue une réfutation de Rabbi Yoḥanan,
qui a dit plus haut qu’un changement de lieu ne requiert pas de bénir, sans faire de distinction à ce sujet ? Il semble donc que, même pour les choses qui ne requièrent pas de bénédiction à leur endroit, il estime qu’il n’est pas nécessaire de bénir ?
La Guemara s’étonne :
Mais ne l’avons-nous pas déjà réfuté une fois,
puisque nous avons déjà objecté plus haut à Rabbi Yoḥanan à partir d’une autre baraïta ? Quelle différence y a-t-il à lui objecter également à partir de cette baraïta ? La Guemara explique : il y a une différence, au cas où quelqu’un viendrait expliquer la baraïta précédente, ou la corrigerait, et ne l’utiliserait pas pour objecter à Rabbi Yoḥanan.
Dirons-nous
que
de cette
baraïta
aussi il y aurait une réfutation
contre Rabbi Yoḥanan ?
Et l’on répond : de cette baraïta, en vérité, on ne peut pas objecter à Rabbi Yoḥanan.
Car
Rabbi Yoḥanan pourrait te dire :
en réalité, les Sages estiment que
de même, même les choses qui ne requièrent pas de bénédiction après elles à leur endroit ne requièrent pas non plus de bénir.
Et si la baraïta enseigne
dans la baraïta
« ils se levèrent »,
ce qui donne à entendre qu’il s’agit précisément de choses qui requièrent une bénédiction après elles à leur endroit, c’est afin
de te faire connaître la force de Rabbi Yehouda,
car même pour des choses qui requièrent une bénédiction après elles à leur endroit,
nous disons également :
la raison est qu’ils ont laissé
certains compagnons ; mais s’ils n’ont pas laissé certains compagnons,
alors
lorsqu’ils sortent, —
ils requièrent une bénédiction a posteriori, et lorsqu’ils reviennent, —
ils requièrent une bénédiction a priori.
Il a été enseigné conformément à Rav Ḥisda : des compagnons qui étaient attablés pour boire du vin, qui se levèrent et revinrent —
n’ont pas besoin de bénir !
Parce que le vin fait partie des choses qui requièrent une bénédiction après elles à leur endroit. Et c’est conforme à Rav Ḥisda.
Les maîtres ont enseigné : des membres d’un groupe qui étaient attablés
la veille de Chabat
et que le jour [de Chabat] les surprit —
ils doivent interrompre le repas du jour profane.
Et
on lui apporte une coupe de vin, et il récite sur elle la sanctification du jour,
car il fait maintenant le Kiddouch, après avoir cessé de manger le repas du jour profane.
Et aussitôt on lui apporte une
seconde coupe
et
il récite sur elle la bénédiction après le repas,
puisque, étant tenu d’interrompre le repas profane — conformément à la méthode de Rabbi Yehouda exposée plus haut [100a], selon laquelle on interrompt pour Chabat [néanmoins, puisque l’heure du Kiddouch est arrivée, il faut d’abord faire le Kiddouch],
telles sont les paroles de Rabbi Yehouda.
Rabbi Yossi dit : il mange et continue à manger jusqu’à la tombée de la nuit [ואף לאחר מכן, עד שיגמור סעודתו. ר"ן Et même après cela, jusqu’à ce qu’il achève son repas. Ran].
Et Rabbi Yossi suit ici sa propre méthode : on n’interrompt aucunement pour Chabat.