Version texte de ce daf : original et traduction
Ména'hot 40a (מ.) — le Talmud en français
Ména'hot 40a (מנחות מ.): Nos maîtres ont enseigné : Un vêtement de lin [confectionné pour servir de vêtement], est-il astreint aux franges rituelles ou non ? L’école de Chammaï l’en dispense des…
Texte original — Ména'hot 40a (מ.)
תנו רבנן: סדין
של פשתן [העשוי לבגד], האם
חייב בציצית
או לא?
בית שמאי פוטרין
אותו מהציצית, משום איסור כלאים, שהרי התכלת היא צמר, והסדין עשוי מפשתן. ובית שמאי אינם דורשים את הסמיכות של כלאים לציצית כדי להתיר כלאים בציצית.
ובית הלל מחייבין
ליתן ציצית של צמר בסדין של פשתן, לפי שהם דורשים "סמוכין" להתיר כלאים בציצית.
ומכריע התנא בברייתא:
והלכה
-
כדברי בית הלל!
אמר רבי אליעזר ברבי צדוק
: הלכה אינה כבית הלל שמחייבים להטיל ציצית בסדין. והראיה, שאין נוהגין להטיל ציצית כדברי בית הלל:
והלא כל המטיל תכלת
לסדינו
בירושלים
-
אינו אלא מן המתמיהין
, שהכל תמהים כיצד הוא עושה זאת. ואילו לבית הלל הרי הוא חייב ליתן בסדין ציצית.
אמר רבי: אם כן,
שהלכה כבית הלל,
למה אסרוה
להטלת הציצית בסדין בירושלים? -
לפי שאין בקיאין
בני ירושלים בדרשת סמוכין, ואינם יודעים את ההיתר. ואם נתיר להם כלאים בציצית, יבואו להתיר כלאים בכל מקום. ולפיכך העדיפו חכמים לבטל מצות עשה מן התורה בשב ואל תעשה, כדי שלא יבואו לעבור על איסור כלאיים בקום ועשה.
אמר ליה רבא בר רב חנא לרבא
: למה אי אפשר לפרסם את ההיתר של ציצית כלאים -
ולרמו בי עשרה,
יטילו ציציות תכלת בכנפיהם בבגד פשתן של עשרה אנשים,
ונפקו לשוקא
בציציותיהם,
ומפרסמא למילתא
שכלאים מותרים בציצית!?
ומשנינן: אם יעשו כן הרי
כל שכן דמתמהו
אנשי ירושלים
עילון
על אותם האנשים, הכיצד אנשים הגונים שכאלה לובשים כלאיים!?
ומקשינן:
ולידרשא בפירקא,
בשעה שמתאספין אנשי העיר לשמוע את דרשת הרב, שידרוש שכלאים בציצית מותרין!?
ומשנינן: מה שלא נהגו להטיל ציצית בסדין בירושלים היה משום
גזירה
, שגזרו שלא להטיל ציצית בבגד פשתן
משום קלא אילן
, שמא יבואו לצבוע את חוטי התכלת בצבע שאינו תכלת אלא דומה לו, הנקרא "קלא אילן".
ומקשינן: ומה איכפת לנו אם לא יצבעו חוטי התכלת כהלכתן,
ולא יהא
הקלא אילן
אלא
כאילו לא נצבע כלל, וישאר החוט
לבן
, הרי גם בחוטי לבן מתקימת מצות ציצית כמו ששנינו במשנתנו שאם אין תכלת מטילים חוטי לבן במקומם!?
ומשנינן: שאסור להטיל חוטי לבן של צמר בבגדי פשתן
כיון דאפשר
להטיל
במינן
, שהרי יוצאים ידי מצות ציצית גם בהטלת חוטי פשתן לבנים בבגדי פשתן, ולכן
לא
הותר להטיל בהן חוטי צמר,
כדריש לקיש!
דאמר ריש לקיש: כל מקום שאתה מוצא
שנפגשים
עשה
המחייב לעשות מצוה
ולא
תעשה
המונע מלקיים את המצוה,
אם אתה יכול לקיים את שניהם, מוטב
[כגון, לתת חוטי לבן של פשתן בבגד פשתן] וחייב לקיים המצוה באופן שלא יעבור על הלאו
ואם לאו,
כגון ליתן חוטי תכלת שהם צמר לבגד פשתן, שאי אפשר לקיים את מצות התכלת מבלי לעבור על הלאו של כלאים -
יבוא עשה וידחה את לא תעשה!
והיינו, שגזרו חכמים שלא יתנו ציצית בבגד של פשתן משום החשש שמא יעשו את חוטי התכלת מקלא אילן, שאינו אלא חוט לבן הצבוע בצבע שאינו תכלת, שאינו דוחה את הכלאים, כיון שאפשר לקיים את מצות חוטי לבן גם כשהם עשויים מפשתן, ואין צורך לדחות עבורן את הכלאים.
ומקשינן: למה גזרו משום חשש זה שלא לקיים מצות ציצית, שיעשו תקנה -
וליבדקוה
לכל אותן היורות שצובעין בהן את התכלת אם הן תכלת או קלא אילן!?
ומשנינן:
אלא
חוזרת בה הגמרא שאין הגזירה משום קלא אילן, אלא
גזירה משום טעימה,
שמא היתה הצביעה של תכלת לצורך נסיון, לנסות צבע התכלת אם הוא כבר ראוי לצביעה, וצביעה שנעשית לצורך ניסוי היא פסולה למצות ציצית [וכפי שיבואר בדף מב ב בסופו], ודבר זה לא ניתן לבדיקה, שאין אפשרות לבדוק אם נצבע החוט לצורך נסיון או לצורך הצביעה עצמה.
ומקשינן: שעדיין יש עצה למנוע חשש הניסיון בצבע
וליכתבה אדיסקי
שיכתבו את האיסור של ניסוי באגרות ויפרסמום בכל מקום, ויודיעו שצריך לקחת מקצת צבע מתוך היורה ולנסות בו את הצבע, ולשרוף את אותו הצמר!? ומשנינן:
וכי אדיסקי ליקום וליסמוך?!
למנוע חשש איסור, הרי אפשר שלא כולם יראו אגרות אלו ואפשר גם שלא יקיימו מה שכתוב בהם.
ועל תירוץ זה
אמר רבא
: כיצד אמרת שאין תועלת במשלוח האגרות משום שהאנשים לא יצייתו להם?
Traduction française
Nos maîtres ont enseigné : Un vêtement de lin
[confectionné pour servir de vêtement],
est-il astreint aux franges rituelles
ou non ?
L’école de Chammaï l’en dispense
des franges rituelles, en raison de l’interdit de mélange de fibres : en effet, la laine bleue est de la laine, tandis que le vêtement est fait de lin. Et l’école de Chammaï n’interprète pas le rapprochement de l’interdit des mélanges avec les franges rituelles comme autorisant les mélanges dans les franges rituelles. la proximité textuelle de l’interdit des mélanges et des franges rituelles afin d’autoriser les mélanges dans les franges rituelles.
Mais l’école de Hillel impose
de mettre des franges rituelles de laine sur un vêtement de lin, parce qu’elle interprète les « rapprochements textuels » comme autorisant les mélanges dans les franges rituelles.
Et le tana de la baraïta tranche
: Et la halakha —
est conforme aux paroles de l’école de Hillel !
Rabbi Éliézer fils de Rabbi Tsadok dit
: la halakha n’est pas conforme à l’école de Hillel, qui impose de mettre des franges rituelles sur un vêtement de lin. La preuve en est qu’on n’a pas l’usage de mettre des franges rituelles conformément à l’école de Hillel :
et pourtant, quiconque met du fil bleu
sur son vêtement
à Jérusalem
n’est rien d’autre qu’un objet d’étonnement,
car tout le monde s’étonne de le voir agir ainsi. Or, selon l’école de Hillel, il serait bien astreint à mettre des franges rituelles sur son vêtement.
Rabbi dit : Si tel est le cas,
que la halakha soit conforme à l’école de Hillel,
pourquoi l’ont-ils interdit
de mettre des franges rituelles sur un vêtement de lin à Jérusalem ? —
Parce que les habitants de Jérusalem ne sont pas versés
dans l’interprétation des rapprochements textuels et n’en connaissent pas l’autorisation. Et si nous leur permettions les mélanges dans les franges rituelles, ils en viendraient à autoriser les mélanges en tout lieu. C’est pourquoi les Sages ont préféré suspendre l’accomplissement d’une mitsva positive de la Torah par l’abstention d’agir, afin qu’ils n’en viennent pas à transgresser l’interdit de mélange de fibres par une action.
Rava fils de Rav Hana dit à Rava
: pourquoi ne peut-on pas faire connaître publiquement l’autorisation des mélanges dans les franges rituelles ?
Et que dix hommes les mettent,
qu’ils mettent des franges rituelles comportant du fil bleu à leurs pans, sur un vêtement de lin, pour dix hommes,
et qu’ils sortent au marché
avec leurs franges rituelles,
et que la chose soit rendue publique
: les mélanges sont autorisés dans les franges rituelles !?
Et nous répondons : s’ils agissaient ainsi,
les habitants de Jérusalem s’étonneraient d’autant plus
d’eux,
en se demandant comment des hommes aussi honorables pouvaient porter un mélange de fibres !?
Et nous objectons
: Qu’ils l’enseignent lors d’une réunion publique,
au moment où les habitants de la ville se rassemblent pour écouter l’enseignement du maître, afin qu’il enseigne que les mélanges dans les franges rituelles sont autorisés !?
Et nous répondons : si l’on n’avait pas l’usage de mettre des franges rituelles sur un vêtement de lin à Jérusalem, c’était en raison d’une
mesure préventive,
car ils avaient interdit de mettre des franges rituelles sur un vêtement de lin
en raison du kala ilan,
de peur que l’on ne vienne teindre les fils bleus avec une teinture qui n’est pas du bleu rituel, mais qui lui ressemble, appelée « kala ilan ».
Et nous objectons : qu’importe si les fils bleus ne sont pas teints conformément à leur loi,
et si le kala ilan n’était
pas
autre chose
que comme s’il n’avait pas été teint du tout, de sorte que le fil resterait
blanc,
puisque la mitsva des franges rituelles s’accomplit également avec des fils blancs, comme nous l’avons appris dans notre Michna : lorsqu’il n’y a pas de fil bleu, on met à sa place des fils blancs !?
puisqu’il est possible
de mettre
de la même espèce,
car on s’acquitte de la mitsva des franges rituelles en mettant également des fils blancs de lin sur un vêtement de lin ; par conséquent
il n’est pas
permis d’y mettre des fils de laine,
comme l’a dit Rech Lakich !
C’est-à-dire que les Sages ont décrété de ne pas mettre de franges rituelles sur un vêtement de lin, par crainte que l’on ne fabrique les fils bleus avec du kala ilan, qui n’est autre qu’un fil blanc teint avec une teinture qui n’est pas du bleu rituel et qui ne repousse pas l’interdit des mélanges, puisqu’il est possible d’accomplir la mitsva des fils blancs même lorsqu’ils sont faits de lin ; il n’est donc pas nécessaire de repousser pour eux l’interdit des mélanges.
Et nous objectons : pourquoi ont-ils décrété, par crainte de ce risque, de ne pas accomplir la mitsva des franges rituelles ? Qu’ils prennent une mesure
et qu’ils vérifient
toutes les cuves dans lesquelles on teint le fil bleu, afin de déterminer s’il s’agit de bleu rituel ou de kala ilan !?
Et nous répondons
: Mais
la Guemara revient sur ce qu’elle a dit : la mesure préventive n’est pas due au kala ilan, mais
à une mesure préventive en raison de la teinte d’essai,
de peur que la teinture du bleu rituel n’ait été réalisée à des fins d’essai, afin de vérifier si la couleur du bleu rituel est déjà apte à la teinture. Or une teinture faite à des fins d’essai est impropre à la mitsva des franges rituelles [comme cela sera expliqué à la fin de la page 42b], et cela ne peut pas être vérifié, car il est impossible de déterminer si le fil a été teint à des fins d’essai ou pour la teinture elle-même.
Et nous objectons : il existe encore un moyen d’empêcher la crainte de la teinte d’essai :
qu’ils l’écrivent sur des lettres,
qu’ils écrivent l’interdit de l’essai dans des lettres et les diffusent partout, en annonçant qu’il faut prélever un peu de teinture de la cuve, l’essayer avec celle-ci, puis brûler cette laine !? Et nous répondons
: Quoi ! Des lettres vont-elles se dresser et servir de garantie ?
Pour empêcher la crainte d’un interdit ? Il est possible que tout le monde ne voie pas ces lettres, et il est également possible que certains n’accomplissent pas ce qui y est écrit.
Et au sujet de cette réponse,
Rava dit
: comment as-tu pu dire que l’envoi de lettres ne serait d’aucune utilité, parce que les gens ne leur obéiraient pas ?