Version texte de ce daf : original et traduction
Avoda Zara 45a (מה.) — le Talmud en français
Avoda Zara 45a (עבודה זרה מה.): Il est dit dans la Torah [Deutéronome 12] : « Vous exterminerez, vous exterminerez tous les lieux où les nations que vous allez déposséder ont servi leurs dieux…
Texte original — Avoda Zara 45a (מה.)
נאמר בתורה [דברים יב] "אבד תאבדון את כל המקומות אשר עבדו שם הגוים אשר אתם יורשים אותם, את אלוהיהם על ההרים הרמים ועל הגבעות ותחת כל עץ רענן".
ודרשו חכמים "אלוהיהם על ההרים" - ולא ההרים אלוהיהם, "אלוהיהם על הגבעות" - ולא הגבעות אלוהיהם. ונלמד מכך שההרים והגבעות וכל דבר המחובר לקרקע, הם עצמם אינם נאסרים אם עבדו אותם, ומותר לחצוב מהם אבנים, ולזרוע בהם וכדומה.
ומכל מקום, אסור לעבדם, והעובד אותם הריהו כעובד אלילים לכל דבר, שהרי נתכוון לעבוד אלילים וכפר בעיקר.
ונחלקו בדין זה רבותינו הראשונים [ורש"י כתב שני הפירושים]: יש אומרים: שההרים לא נעשו עבודת כוכבים כלל, ותקרובת שלהם, כגון, השוחט בהמה לשם הרים וגבעות - אינה נאסרת, כי אינה תקרובת עבודת כוכבים, כי ההרים והגבעות אינם נעשים אלילים .
ויש סוברים שאכן נעשו אלילים, והתקרובת שלהם אסורה בהנאה כשאר תקרובת אלילים, אלא שגזירת הכתוב הוא, שההרים עצמם, אף שהם נעשים אלילים, אינם נאסרים בהנאה, ומותר לחצוב מהם ולזרוע בהם.
וכל זה מדובר בהרים עצמם, אבל בציפויין, כגון אם ציפו אותם בכסף וזהב, והשתחוו להם - דהיינו להרים - נאסרים הציפויין.
ושארי ההלכות בדין עבודה זרה במחובר, יבוארו בתוך הסוגיא.
מתניתין:
הנכרים העובדים את ההרים ואת הגבעות
ואת המעיינות וכל דבר שהוא במצבו בטבעו -
הן מותרין, ומה שעליהן
כגון ציפויי כסף וזהב
אסורין
בהנאה. ואיסור ההנאה מהציפויין נלמד ממה
שנאמר
[דברים ז] "
לא תחמוד כסף וזהב עליהם".
רבי יוסי הגלילי אומר
: נאמר בתורה "
אלוהיהם על ההרים"
ודרשינן,
ולא ההרים
עצמם
אלוהיהם. "אלוהיהם על הגבעות"
-
ולא הגבעות אלוהיהם
.
ו
אם כן,
מפני מה אשירה אסורה?
ולמה לא נדרוש "תחת כל עץ רענן" - ולא עץ רענן אלוהיהם?
ולמה אסרה התורה אשרה באמרה [דברים ז] "ואשריהם תגדעון", והלא העץ מחובר הוא?
ומתרץ רבי יוסי הגלילי: אשרה שונה,
מפני שיש בה תפיסת ידי אדם
שאדם נטעו לעץ, אף שהוא עתה מחובר.
והגמרא תבאר, במה חולק רבי יוסי הגלילי על התנא קמא.
אמר רבי עקיבא: אני אובין
אפרש
ואדון לפניך!
מה שאמרה התורה "אבד תאבדון את כל המקומות אשר עבדו שם הגוים... את אלוהיהם על ההרים הרמים ועל הגבעות ותחת כל עץ רענן" - אין כוונתה לדרוש ממנה, תחת כל עץ רענן ולא עץ רענן, אלא, התורה מוסרת לבני ישראל הנכנסים לארץ ישראל - ולא ידעו תועבות הגוים - סימנים על המקומות שעבדו שם האמוריים, ומצווה אותם לחפש שם אלילים כדי לבערם ולאבדם, וזה מאמר התורה:
כל מקום שאתה מוצא הר גבוה וגבעה נשאה ועץ רענן
-
דע שיש שם עבודת כוכבים!
וממילא נשמע מכך שצריך לאבד את האלילים ולא את ההרים והגבעות -
ואכן, מפסוק זה גם אינו נשמע שצריך לאבד את כל עץ רענן אלא לחפש שם אלילים, ומפסוק אחר שנאמר "ואשריהם תשרפון באש" נלמד שהאשרה אסורה בהנאה ומצווים לבערה.
גמרא:
הגמרא מבררת במה נחלקו תנא קמא ורבי יוסי הגלילי.
ורבי יוסי הגלילי
-
היינו תנא קמא
הלא שניהם סוברים שהרים וגבעות מותרים?
אמר רמי בר חמא אמר ריש לקיש: ציפוי הר
מותר
כ
מו
הר
עצמו - הלכה זו
איכא בינייהו
יש חילוק ביניהם -
תנא קמא סבר: ציפוי הר אינו כהר
-
ו
אף שההר מותר הציפוי
אסור
, והוא מה שאמר "ומה שעליהם אסורים, שנאמר: לא תחמוד כסף וזהב עליהם" כלומר, כל מה שעליהן.
ו
אילו
רבי יוסי הגלילי סבר: ציפוי הר הרי
הוא כהר
, וכשם שההר מותר ואינו עבודת כוכבים, כך גם הציפוי. ולדבריו, מה שאמרה התורה "עליהם" היינו רק אלילים תלושים לגמרי .
רב ששת מבאר שחולקים ב"אילן שנטעו ולבסוף עבדו".
והיינו: יש צד לומר: שהאשרה שהתורה אסרתה, היא רק כשנטעו גרעין לשם אשירה וצמח ממנו עץ, כי אז ה"תפיסת יד אדם" היתה לשם עבודת כוכבים -
אבל אילן הנטוע שלא לשם עבודת כוכבים, ורק אחר כך עבדוהו, אין בה "תפיסת ידי אדם" לשם עבודה זרה, אלא דינו כהרים וגבעות.
ומאידך, יש לומר: שאינו דומה להרים וגבעות. כי להרים וגבעות - אין תפיסת ידי אדם, ולא היה להם מעולם תפיסת ידי אדם. אבל אילן שנטעו יש בה "תפיסת ידי אדם" - אף על פי שכשנטעו ותפס בו ידי אדם לא היתה התפיסה לשם עבודה זרה, מכל מקום אינו דומה להרים וגבעות. והתוספת שהתוסף באילן אחרי שעבדוהו - אסורה.
ולדעת רב ששת נחלקו בכך התנאים במשנה.
רב ששת אמר: דכולי עלמא,
כל התנאים סוברים, כי
צפוי הר אינו כהר,
והם אסורים בהנאה.
Traduction française
Il est dit dans la Torah [Deutéronome 12] : « Vous exterminerez, vous exterminerez tous les lieux où les nations que vous allez déposséder ont servi leurs dieux : leurs dieux sur les hautes montagnes, sur les collines et sous tout arbre verdoyant ».
Et les Sages ont interprété : « leurs dieux sur les montagnes » — et non les montagnes, leurs dieux ; « leurs dieux sur les collines » — et non les collines, leurs dieux. On apprend de là que les montagnes, les collines et toute chose attachée au sol ne sont pas eux-mêmes interdits s’ils ont été servis, et qu’il est permis d’en extraire des pierres, d’y semer et autres choses semblables.
Néanmoins, il est interdit de les servir, et celui qui les sert est considéré en tout point comme servant une idole, puisqu’il avait l’intention de servir une idole et qu’il a renié le principe fondamental.
Nos premiers maîtres ont divergé au sujet de cette loi [et Rachi a écrit les deux interprétations] : certains disent que les montagnes ne sont aucunement devenues des idoles, et que leur offrande, par exemple lorsqu’on égorge un animal au nom des montagnes et des collines, n’est pas interdite, car elle n’est pas une offrande d’idole : les montagnes et les collines ne deviennent pas des idoles.
D’autres estiment qu’elles sont effectivement devenues des idoles et que leur offrande est interdite au bénéfice, comme toute offrande d’idole ; seulement, un décret de l’Écriture veut que les montagnes elles-mêmes, bien qu’elles deviennent des idoles, ne soient pas interdites au bénéfice, et qu’il soit permis d’en extraire des pierres et d’y semer.
Tout cela concerne les montagnes elles-mêmes ; mais leurs revêtements, par exemple lorsqu’on les a revêtues d’argent et d’or et qu’on s’est prosterné devant eux — c’est-à-dire devant les montagnes —, les revêtements sont interdits.
Les autres lois relatives à l’idolâtrie portant sur ce qui est attaché au sol seront exposées au cours de la sougya.
Michna :
Les non-Juifs qui servent les montagnes et les collines
ainsi que les sources et toute chose qui se trouve dans son état naturel —
sont permis, tandis que ce qui est sur eux
comme les revêtements d’argent et d’or —
est interdit
au bénéfice. L’interdiction de tirer bénéfice des revêtements est apprise de ce
qui est dit
[Deutéronome 7] : « Tu ne convoiteras pas l’argent et l’or qui sont sur eux. »
Rabbi Yossi le Galiléen dit :
Il est dit dans la Torah :
« Leurs dieux sur les montagnes »
—
et nous l’interprétons
,
et non les montagnes
elles-mêmes,
leurs dieux. « Leurs dieux sur les collines »
—
et non les collines, leurs dieux.
Et
si tel est le cas,
pourquoi l’achéra est-elle interdite ?
Pourquoi n’interprétons-nous pas : « sous tout arbre verdoyant » — et non l’arbre verdoyant, leur dieu ?
Et pourquoi la Torah a-t-elle interdit l’achéra en disant [Deutéronome 7] : « Vous abattrez leurs achéras », alors que l’arbre est attaché au sol ?
Rabbi Yossi le Galiléen répond : l’achéra est différente,
parce qu’il y a en elle l’intervention de la main de l’homme
, car un homme l’a plantée comme arbre, bien qu’elle soit à présent attachée au sol.
La
Guemara expliquera en quoi Rabbi Yossi le Galiléen diverge du premier tan[n]aï.
Rabbi Akiva dit : je vais comprendre
— je vais expliquer —
et raisonner devant toi !
Ce que la Torah a dit : « Vous exterminerez, vous exterminerez tous les lieux où les nations ont servi… leurs dieux sur les hautes montagnes, sur les collines et sous tout arbre verdoyant » : son intention n’est pas que nous en déduisions « sous tout arbre verdoyant » et non l’arbre verdoyant ; la Torah donne aux enfants d’Israël qui entrent en terre d’Israël — et qui ne connaissaient pas les abominations des nations — des signes concernant les lieux où les Amoréens avaient servi, et elle leur ordonne d’y chercher les idoles afin de les éliminer et de les exterminer. Tel est le propos de la Torah :
Partout où tu trouves une haute montagne, une colline élevée et un arbre verdoyant
—
sache qu’il y a là une idole !
Il s’ensuit qu’il faut exterminer les idoles, et non les montagnes et les collines —
Et effectivement, ce verset ne permet pas non plus de comprendre qu’il faut exterminer tout arbre verdoyant, mais seulement y chercher les idoles ; et d’un autre verset, où il est dit : « Vous brûlerez leurs achéras au feu », on apprend que l’achéra est interdite au bénéfice et que l’on est tenu de l’éliminer.
Guemara :
La
Guemara clarifie en quoi le premier tan[n]aï et Rabbi Yossi le Galiléen ont divergé.
Et Rabbi Yossi le Galiléen
—
c’est-à-dire le premier tan[n]aï
: ne soutiennent-ils pas tous deux que les montagnes et les collines sont permises ?
Rami bar ‘Hama dit au nom de Rech Lakich : le revêtement d’une montagne
est permis
comme
une
montagne
elle-même — c’est là la loi qui les distingue : il y a une divergence entre eux — Le premier tan[n]aï estime que le revêtement d’une montagne n’est pas comme la montagne —
et bien que la montagne soit permise, le revêtement est interdit , ce qui correspond à ce qu’il a dit : « et ce qui est sur eux est interdit », ainsi qu’il est dit : « Tu ne convoiteras pas l’argent et l’or qui sont sur eux », c’est-à-dire tout ce qui est sur eux. Mais si Rabbi Yossi le Galiléen estime que le revêtement d’une montagne est effectivement comme la montagne , de même que la montagne est permise et n’est pas une idole, le revêtement l’est également. Selon lui, ce que la Torah a dit « sur eux » ne concerne que les idoles complètement détachées. Rav Chéchet explique qu’ils divergent au sujet de « l’arbre qui a été planté, puis ensuite servi ». C’est-à-dire : on peut soutenir que l’achéra que la Torah a interdite est seulement le cas où l’on a planté un noyau au nom de l’achéra et qu’un arbre en a poussé ; car alors l’« intervention de la main de l’homme » avait eu lieu au nom de l’idolâtrie — Mais un arbre planté non au nom de l’idolâtrie, et qui n’a été servi que par la suite, ne comporte pas d’« intervention de la main de l’homme » au nom de l’idolâtrie ; son statut est plutôt celui des montagnes et des collines. D’un autre côté, on peut dire qu’il n’est pas comparable aux montagnes et aux collines. Pour les montagnes et les collines, il n’y a pas d’intervention de la main de l’homme, et elles n’en ont jamais comporté. Mais l’arbre qui a été planté comporte une « intervention de la main de l’homme », bien que, lorsqu’il a été planté et que la main de l’homme est intervenue en lui, cette intervention n’ait pas eu lieu au nom de l’idolâtrie ; néanmoins, il n’est pas comparable aux montagnes et aux collines. La partie qui s’est ajoutée à l’arbre après qu’il a été servi est interdite. Selon Rav Chéchet, c’est à ce sujet que les tann[aï]m de la Michna ont divergé. Rav Chéchet dit : selon tous, tous les tann[aï]m estiment que le revêtement d’une montagne n’est pas comme la montagne, et ils sont interdits au bénéfice.